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Seuls les morts dorment le jour

Seuls les morts dorment le jour de Xavier Pivano aux Éditions Ligne Continue

de Xavier Pivano

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Livre 15€   -   eBook 4,99€

Quelle relation peut-il bien exister entre un étudiant victime d’un accident de la route, une femme agressée chez elle et un homme d’affaire souffrant d’un malaise dans un avion ? Aucune à première vue. Et pourtant, un lien ténu, léger et fragile comme une bulle d’azote, les relie entre eux. Mathias et Zoé étaient de garde cette nuit-là, à l’hôpital Nord de Marseille. Une nuit qui allait bouleverser leur vie pour le meilleur… et pour le pire aussi.

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Photographie du voyage ayant inspiré le roman Seuls les morts dorment le jour de Xavier Pivano

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Dimanche

« Mesdames et Messieurs, y a-t-il… » commença la voix sirupeuse de l’hôtesse de l’air, puis avant qu’elle ne pût finir, quelqu’un lança : «… un pilote dans l’avion ? »
Un grand éclat de rire salua sa plaisanterie éculée et résonna bruyamment dans la cabine, alors que Gérard, à demi inconscient, ne trouvait pas du tout la situation à son goût. Il venait curieusement de perdre le sens de l’humour depuis qu’il se savait paralysé.
«… un médecin parmi vous ? » continua l’hôtesse, en ignorant l’intervention de l’importun. Ce n’était pas quelques passagers récalcitrants qui allaient la troubler. Elle avait suffisamment de soucis avec ce voyageur indélicat qui choisissait son avion, un dimanche soir, alors que cette dernière rotation vers Orly devait enfin la ramener chez elle, pour venir y faire sa crise cardiaque.

Gérard se serait volontiers passé du désagrément qu’il occasionnait bien malgré lui. Tout avait commencé dès le décollage. Il avait alors ressenti de légers picotements, comme si une multitude d’insectes se baladaient sous sa peau. Puis, alors que l’appareil prenait de l’altitude, des cloques avaient bourgeonné sur son corps. La peur avait alors submergé son cerveau en même temps que ses articulations devenaient douloureuses. Il avait eu la sensation que la synovie qui lubrifiait auparavant leurs mouvements avait été remplacée par du papier de verre.
Avant d’être totalement bloqué, il avait appuyé dans un ultime effort sur le bouton d’appel de l’hôtesse de l’air. Celle-ci avait pris son temps : apporte un verre à un passager ; ramasse un journal glissé dans la travée ; sourit à une star du tennis ; discute avec un collègue ; et enfin arrive près de Gérard ; se penche sur lui et lui demande…
« Vous désirez quelque chose, Monsieur ?
-…, avait répliqué Gérard
- Excusez-moi, je n’ai pas bien entendu, avait rétorqué l’hôtesse sans se départir de son sourire homologué par la compagnie aérienne.
-…, avait insisté Gérard qui ne pouvait plus parler.
- J’ai peur de ne pas vous comprendre, vous désirez un verre d’eau peut-être ? »
Alors sans y être toutefois invité, le voisin de Gérard répondit à sa place :
« Excusez-moi de me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je crains que Monsieur ne soit indisposé.
- Vous croyez vraiment ? avait demandé l’hôtesse incrédule, refusant d’envisager qu’un événement imprévu pût retarder la fin de son service.
- Depuis le décollage il n’arrêtait pas de se tortiller, de se gratter et puis subitement il s’est figé après vous avoir appelée. Je ne suis pas médecin, mais cet homme n’est, de toute évidence, pas dans son assiette. »
Un médecin, voilà ce qu’il fallait !
L’hôtesse s’était alors dirigée d’un pas décidé vers le fond de la cabine à la recherche d’un interphone. Et elle avait passé son annonce…

Les candidats au sauvetage de Gérard ne se bousculaient pas. L’heure tardive devait y être pour beaucoup, et le fait aussi que l’on fût un dimanche soir. Qui a envie de faire des heures supplémentaires non payées le week-end ? Enfin, un homme se leva de son siège et s’approcha, hésitant, de l’hôtesse impatiente.
« Vous êtes médecin ? demanda-t-elle en soupirant, rassurée de pouvoir enfin se décharger de son fardeau sur un professionnel de la santé.
- Heu ! Pas tout à fait, répondit l’homme d’un air ennuyé, rouge de confusion.
- Alors veuillez vous asseoir, nous ne pouvons pas assurer le service de cabine, car nous avons une urgence médicale à régler, répliqua l’hôtesse d’un ton sévère.
- Je suis venu pour cela.
- Donc vous êtes médecin.
- Pas vraiment.
- Vous êtes quoi alors ?
- Vétérinaire… »
L’hôtesse laissa échapper un long soupir… de lassitude cette fois.
« Bon, attendez un moment, je vais faire une nouvelle tentative », grommela-elle avant de réitérer son appel au secours. Elle patienta quelques minutes, puis se décida enfin à traiter avec le vétérinaire. « Venez avec moi », lui dit-elle en l’entraînant à sa suite.
Gérard n’avait pas bougé ; il en était d’ailleurs totalement incapable. Le vétérinaire l’examina un peu, le palpa par ci par là, chercha le pouls, le trouva bien qu’il ne fut pas à la même place que chez ses patients canins et félins habituels, et décréta avec prudence :
« Cet homme a subi une attaque. Il est paralysé… »
« Merci du renseignement ! » pensa l’hôtesse qui s’en était aperçue par elle-même.
«… il faudrait l’amener de toute urgence dans un centre hospitalier, continua le vétérinaire.
- Et où voulez-vous que je trouve un hôpital à mille mètres d’altitude ? pleurnicha l’hôtesse qui voyait pour le coup disparaître la fin de son service dans les limbes des problèmes administratifs qui allaient immanquablement surgir.
- Peut-être en atterrissant, suggéra le vétérinaire, toujours aussi mesuré dans ses opinions.
- Cela ne va pas plaire à tout le monde », gronda l’hôtesse qui se décida enfin à contacter le commandant de bord.

Avant de prendre sa décision, le commandant demanda au navigateur leur position et jugea en conséquence qu’il était préférable de faire demi-tour pour retourner à l’aéroport de Marseille Provence. Par interphone, il informa les passagers de sa résolution et laissa le personnel de cabine se débrouiller avec l’émeute qui s’en suivit.
La grogne était toutefois légitime car l’avion ne pourrait pas repartir le soir même et tous les passagers étaient cordialement invités à se présenter le lendemain pour un nouvel embarquement.
Mais Gérard était au-dessus de tout ça maintenant. Il était tombé dans le coma, dégagé en quelque sorte de tous les petits soucis de l’existence. Son corps restait toutefois concentré sur l’essentiel, sa propre survie.

L’avion se posa dans un brouhaha de protestations sur le tarmac de l’aéroport et s’arrêta tout à côté de la passerelle de débarquement. Déjà, l’équipe des Sapeurs Pompiers attendait avec son matériel de réanimation.
Lorsque les hommes en uniforme pénétrèrent dans la cabine, un grand silence glacé souffla entre les travées, ramenant les passagers à une perception plus juste de la situation, leur permettant ainsi de relativiser leurs ennuis de planning contrarié.
Aussitôt Gérard fut placé sous respirateur, le taux d’oxygène poussé au maximum. Puis il fut allongé sur une civière et débarqué de l’avion.
Les passagers se levèrent alors, toujours en silence, comme pour une procession funèbre, se dirigeant en ordre relatif vers la porte de sortie. Pendant ce temps, Gérard était emmené à grands renforts de sirènes hurlantes en direction de l’hôpital Nord.

*****

Fred remontait en scooter le boulevard Michelet par la contre-allée. Ce soir, il avait le temps — comme tous les soirs d’ailleurs — et il aimait bien voir la gueule – et parfois le cul — des tapineuses qui se penchaient sur les vitres baissées des voitures conduites par des michetons en mal d’amour faisant leur marché de sensations fortes.
Les filles se répandaient la nuit sur le boulevard, comme des lucioles attirées par la lueur fantomatique des étoiles. Elles brillaient sous leur maquillage clinquant et scintillaient dans leurs vêtements aguicheurs.
Fred passait toujours par la contre-allée pour rentrer au campus de Luminy, il respirait alors l’odeur de stupre et de fornication qui se dégageait des voitures stationnées dans les coins obscurs de l’allée. Parfois, il s’approchait d’une portière et jetait un œil gourmand à travers la vitre. Personne ne le remarquait dans le feu de l’action, et si d’aventure c’était le cas, il n’avait qu’à monter les gaz de son scooter pour dégager avant que la fille ou son client ne sortît du véhicule.
Le halo des lampadaires formait des îlots où se réfugiaient les belles — et souvent les moins belles — de nuit. Fred repéra un petit groupe de trois filles plutôt jolies auprès desquelles une voiture était arrêtée, les feux stop au rouge vif. « À l’image de ton gland, ducon ! » pensa-t-il très fort lorsqu’il fut bloqué derrière le véhicule qui obstruait toute la voie. Il le pensa un peu trop fort peut-être car les trois filles le regardèrent et lui firent signe de dégager, le tout ponctué de gestes obscènes et d’insultes pittoresques. Sous son casque intégral, Fred s’en moquait un peu. Il n’entendait pas grand-chose et sa visière lui donnait l’impression de voir un film muet à la télévision.
Enfin, le conducteur se décida et invita une des travailleuses à monter le rejoindre dans sa voiture. Par jeu, Fred les suivit jusqu’au recoin sombre où le véhicule se gara. Puis il attendit, tous feux éteints, le moteur au ralenti, presque silencieux. Il vit le conducteur régler la prestation à l’avance, la fille se saisir des billets pas encore durement mérités, et les enfouir dans son soutien-gorge en dentelle noire. Le client impatient ouvrit alors sa braguette, baissa son pantalon et la fille se pencha afin d’accomplir le travail pour lequel elle avait été payée.
Un sourire béat apparut sur les lèvres du conducteur à bout de désir, et ce fut à cet instant précis que Fred alluma son phare et illumina la scène qui se déroulait dans l’habitacle de la voiture. Afin de rendre la situation plus inconfortable encore, il fit gronder son moteur au plus près de la portière.
La fille releva la tête brusquement et faillit au passage emporter entre ses dents une partie — petite certes mais très utile au demeurant — de son partenaire. Ce dernier paraissait furieux et, sans prendre le temps de rajuster son pantalon, il ouvrit la portière en vociférant. Fred n’en attendait pas tant, il s’enfuit en rigolant derrière sa visière baissée, ravi de sa plaisanterie. Il roula une centaine de mètres à vive allure, puis ralentit. Ce fut alors que, malgré son casque, Fred entendit un moteur rugir derrière lui…
L’homme n’était pas un micheton ordinaire qui, au moindre problème surgissant lors de ses expéditions nocturnes, s’éclipsait et retournait sagement retrouver sa bourgeoise ou son appartement vide. Le client de la fille, frustré dans son plaisir, le suivait en gesticulant et en criant dans sa voiture. À ses côtés la fleur de bitume gueulait aussi, mais pour descendre du véhicule. Elle n’avait que faire de ces gamineries. Elle était là pour travailler, pas pour jouer à course-poursuite avec un demeuré à scooter !
Fred accéléra aussitôt et sentit un long frisson lui parcourir l’échine. Le jeu prenait de l’ampleur. Il se pencha en avant, le visage collé contre le guidon, cherchant à diminuer sa résistance au vent. Mais le gain de vitesse était dérisoire, le micheton lui collait aux fesses et son pare-chocs frôlait la roue arrière du scooter. Fred commença alors à avoir peur, sérieusement peur. L’autre fou n’avait qu’à forcer sur l’accélérateur pour l’envoyer dinguer sur le rebord du trottoir.
Le trottoir, bien sûr !
Pour échapper à la pression du conducteur furieux, Fred n’avait qu’à monter sur l’immense trottoir qui s’étalait entre le boulevard et la contre-allée. Mais fallait-il encore pouvoir en franchir le bord haut d’une vingtaine de centimètres.
Le micheton serrait le scooter au plus près et parfois il donnait un petit coup sur la roue arrière afin de le déstabiliser. Fred rattrapait alors l’engin en se contorsionnant au risque de s’étaler sur la chaussée. Soudain une bretelle venant du boulevard lui donna l’occasion de faire sa manœuvre d’évasion.
Dans un enchaînement désespéré, il grilla le stop, braqua à fond vers la gauche en dérapant et s’engagea à contresens dans la bretelle, puis il vira sur la droite en chassant de l’arrière et grimpa sur le trottoir au niveau d’un passage piéton. Alors, enfin en sécurité au milieu des arbres, des abribus et des bancs, il ralentit l’allure et se permit de faire un doigt d’honneur au micheton qui le suivait encore le long de la contre-allée.
Fred était content, il ne risquait plus rien maintenant, mais l’adrénaline déversée en quantité dans son organisme le rendait fébrile, aussi roula-t-il doucement, cherchant à faire baisser la pression. Derrière les voitures en stationnement sur la contre-allée, le micheton lésé ne voulait pas lâcher l’affaire aussi vite. Il calquait son allure sur celle de Fred et vociférait derrière sa vitre baissée. La marchande d’amour avait renoncé à s’époumoner en vain et attendait une opportunité pour s’échapper du véhicule.
La fin du boulevard Michelet approchait. Au loin le rond-point de Mazargues se profilait, et avec lui, de nouveaux ennuis : Fred allait forcément retrouver là-bas le micheton teigneux. Il arrêta alors son scooter entre deux arbres et réfléchit un instant. Finalement, il n’était pas si pressé que ça de rentrer sur le campus de Luminy. Il pouvait tout aussi bien faire une virée en ville. Sans hésiter, il fit demi-tour et roula à vitesse réduite, toujours sur le trottoir, mais dans la direction opposée, vers le rond-point du Prado.
Au moment où il franchissait en sens inverse la bretelle, qu’il venait juste de traverser quelques instants auparavant, il tourna la tête afin de situer la voiture du micheton et ne vit pas arriver un gros 4x4 équipé d’un parebuffle qui déboulait à vive allure du boulevard.
Le scooter percuté de plein fouet fut propulsé une dizaine de mètres plus loin et se répandit sur le goudron, matériel et conducteur toujours accrochés l’un à l’autre.
Le micheton était garé à une cinquantaine de mètres. Voyant qu’il ne pourrait plus rattraper le petit merdeux à scooter, il avait décidé de s’arrêter en bordure de la contre-allée afin que la fille pût terminer le travail commencé. Le bruit du choc l’extirpa de sa jouissance et la fille sursauta en serrant malencontreusement les mâchoires. Son client malchanceux hurla de douleur, mais son cri ne put étouffer les crissements de métal broyé.
L’arpenteuse de l’asphalte tourna la tête vers l’origine de ce bruit strident. Elle vit alors un 4x4 de ville se précipiter vers le scooter et son conducteur étalés sur la chaussée. Le lourd véhicule, certainement emporté par son élan, roula sur l’engin déjà mal en point, puis une des roues équipées de pneus crantés passa sur le jeune homme blessé.
Oubliant sa douleur mal placée, le micheton regardait lui aussi la scène, avec effroi. Tout à l’heure, il avait talonné le merdeux sur son scooter pour lui faire passer l’envie de recommencer ses plaisanteries douteuses, mais il n’avait pas osé le percuter. Alors que le conducteur du 4x4 n’avait apparemment pas ses scrupules : il roulait maintenant sur le corps du petit plaisantin qui payait plutôt chèrement son manque de respect auprès des travailleuses et de leurs clients.
Puis la fille et son miché virent le 4x4 reculer, en écrasant de nouveau les restes éparpillés du scooter et le corps de son pilote, pour reprendre le boulevard en direction du col de la Gineste.
Dès qu’il fut parti, la fille sortit en courant de la voiture et se précipita vers le jeune homme qui gisait au milieu d’une mare de sang répandue sur le revêtement goudronné, luisant des reflets blêmes des lampadaires.
Elle n’osa pas s’approcher trop près et le regarda à distance. Elle ne savait pas quoi faire. Le claquement d’une portière suivi d’un grincement d’embrayage la fit se retourner : son micheton prenait la fuite, comme l’avait fait avant lui le responsable de l’accident.
Pourquoi rester pour s’attirer des ennuis, elle n’avait qu’à faire comme eux !
La fleur de bitume quitta alors ses chaussures à talons hauts qui faisaient tant fantasmer ses clients, les agrippa d’une main et se mit à courir pieds nus vers ses frangines qui tapinaient à plusieurs centaines de mètres de là. Ces dernières semblaient n’avoir rien vu et rien entendu car elles continuaient leur quête du mâle en rut comme si rien ne s’était passé. Mais cela ne signifiait pas grand-chose, car dans ce métier — comme dans beaucoup d’autres d’ailleurs — il vaut mieux s’en tenir aux règles des trois petits singes : ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire est un bon principe pour vivre vieux et tranquille…
La girelle se mêla à ses camarades, puis s’isola pour appeler les pompiers depuis son téléphone portable. N’ayant plus le cœur à turbiner, elle s’éclipsa en entendant la sirène du véhicule de secours. Il lui faudrait se justifier auprès de son mac, mais il valait mieux recevoir une bonne raclée pour refus de travailler, plutôt que de se faire remarquer par la police et d’être embarquée au poste comme témoin d’un sordide accident.

Les sapeurs-pompiers en avaient vu d’autres bien sûr, mais un sinistre comme celui-ci n’était vraiment pas banal. De multiples traces de pneus sillonnaient la scène et le corps du blessé était broyé à plusieurs endroits. Miraculeusement et malgré ses nombreuses blessures, le jeune homme semblait respirer encore. Un mince et fragile filet d’air le retenait encore à la vie.
Afin de pouvoir investiguer tranquillement, la police ferma la bretelle venant du boulevard Michelet pendant que le jeune homme était embarqué sur une civière dans le véhicule des pompiers en direction de l’hôpital Sainte Marguerite.
Puis en chemin, le fourgon fut dérouté vers l’hôpital Nord, car les urgences de Sainte Marguerite et celles de La Timone affichaient complet pour la soirée.

*****

Doris repoussa du talon son chat étalé sur le canapé comme s’il était le seigneur de cette maison, et elle, son humble esclave. Il y avait un peu de cela d’ailleurs, mais elle devait malgré tout sauvegarder les apparences, aussi tenta-t-elle de le remettre à sa place.
Au début, Doris avait dû replier les jambes pour le laisser s’installer à ses pieds. Puis le fourbe s’était insidieusement rapproché, cherchant la chaleur animale de sa maîtresse. Et pour finir, Doris s’était retrouvée adossée contre un accoudoir, les genoux collés au menton, et le matou vautré sur son peignoir, le ventre en l’air.
Le félin malin ouvrit un œil mi-clos et laissa échapper un râle de protestation. Doris ne se laissa pas intimider et le replaça à distance respectable pour qu’elle pût détendre ses jambes ankylosées.
Au milieu des reliefs d’un plateau-repas posé sur la table basse du salon, Doris attrapa une tasse dans laquelle infusaient quelques feuilles de verveine de son jardin. Elle en but une gorgée et bâilla tout à la fois de sommeil et d’ennui. Le film du dimanche soir qu’elle regardait à la télévision ne la passionnait pas outre mesure.
Depuis qu’elle était rentrée chez elle dans l’après-midi, elle avait traîné en peignoir, trop lasse pour lire ou faire le ménage. Elle n’avait eu que la force de s’abrutir devant l’écran à zapper de chaîne en chaîne. À cette heure tardive de la soirée, il lui restait encore à prendre sa douche. Elle soupira de lassitude, éteignit le poste puis se ravisa en voyant son chat lever la tête d’un air interrogateur. « Est-il l’heure de se coucher ? » semblait-il demander.
Doris ralluma aussitôt la télévision et laissa le chat fixer les images qui défilaient au rythme trépidant d’une course-poursuite en voiture dans les rues en pente de San Francisco.
« Si ça t’amuse de suivre ces bêtises, je ne vais pas t’en priver… » lui dit-elle en rassemblant autour d’elle les pans de son peignoir, avant d’ajouter : «… et puis cela t’évitera de prendre toute la place dans le lit ! »
En effet, le chat de Doris avait la fâcheuse habitude de se glisser sous la couette et de s’installer au milieu du matelas avant de sombrer dans un sommeil bruyant. De fait, il ronflait comme un puma et Doris avait plus d’une fois songé à le faire opérer, comme son ex-mari qu’elle avait obligé à subir l’ablation de la luette pour qu’elle pût dormir au calme. Peut-être cela avait-il été la cause ou du moins le déclencheur de son divorce. Il l’avait traitée de femelle castratrice. Son mari, pas le chat ! Du coup elle n’avait pas touché à l’intégrité physique de son gros matou qui n’avait, par ailleurs, rien à envier à un castrat…
Tout en songeant à son mariage raté, Doris laissa glisser son peignoir sur le carrelage de la salle de bains et pénétra dans la cabine de douche. Elle ajusta le rideau de plastique transparent, puis régla l’eau à température avant de se laisser aller à la caresse du jet. Elle oublia instantanément son ex-mari grincheux et son chat trop envahissant. Pour mieux ressentir la plénitude de l’instant, elle ferma les yeux et resta ainsi immobile, savourant la chaleur de l’eau sur sa peau, avant de répandre sur son corps un gel douche à l’odeur délicate de fleur de Tiaré. Bientôt elle fut enveloppée d’une mousse ensoleillée au parfum lumineux qui la transporta au cœur des îles polynésiennes…
D’un coup, Doris se retrouva au pied d’une cascade cristalline en bordure d’un lagon aux eaux turquoise qui léchaient une plage de sable blanc où des bosquets aux feuilles vernissées offraient leurs fleurs couleur de neige en répandant une odeur de paradis.

Au loin, un bruit de verre brisé tinta.
Le bruit venait de très loin, de quelque part dans la réalité dont elle s’était évadée. Dans son esprit engourdi de bien-être, la cascade cristalline se métamorphosa en un verre de cristal qu’une note de musique pure et limpide faisait éclater en mille morceaux.
Par-delà les îles lointaines où elle s’était réfugiée, elle reconnut toutefois le miaulement irrité de son gros chat et comme une mère à l’appel de ses petits, elle quitta aussitôt son rêve éveillé.
« Qu’est-ce que tu as encore cassé, espèce de maladroit ? » cria-t-elle comme si le chat pouvait lui répondre.
Ce qu’il fit d’ailleurs en poussant un râle furieux.
Doris l’imagina alors : le dos rond, les poils hérissés, les griffes prêtes à sortir, la gueule ouverte montrant ses petites dents pointues à… À qui ? À qui pouvait-il faire son cinéma de gros chat méchant ? À part elle, il n’y avait personne à la maison, depuis longtemps déjà, depuis que son ex-mari avait foutu le camp avec simplement une valise de linge… Mais cela était de l’histoire ancienne. Elle se concentra sur le présent.
« Ce n’est pas la peine de te mettre en colère si tu as simplement cassé ma tasse de tisane. Ce ne sera pas la première fois. Tu n’es qu’un empoté. On a jamais vu un chat aussi gauche. Tu fais honte à ton espèce ! » lança Doris en riant, tout en se rinçant de la mousse parfumée qui luisait encore sur sa peau. Puis, elle s’aspergea une dernière fois avec le jet, tira le rideau qui protégeait le carrelage des éclaboussures, et sortit de la douche. Elle se saisit d’une serviette qui pendait près du radiateur et se sécha de haut en bas.
Elle enfila ensuite un peignoir et ouvrit la porte de la salle de bains. Le nuage de vapeur s’échappa de la pièce en glissant dans le couloir comme un feu follet sur un étang. Doris le suivit vers le salon, curieuse de connaître la raison de la colère de son gros chat d’amour.
Alors qu’elle s’approchait de la porte, elle vit — comme elle si attendait — sa tasse de tisane répandue sur le sol. Mais curieusement, celle-ci était intacte. Le tapis que Doris avait ramené d’un de ses nombreux voyages au Maroc l’avait préservée. Elle haussa les sourcils d’un air étonné. D’où venait donc le bruit de verre qu’elle avait cru percevoir tout à l’heure ? Elle fit un pas et pénétra dans le salon.
Au même instant, elle entendit son chat pousser un miaulement haineux et sentit une main se poser sur sa bouche, l’empêchant de manifester sa surprise par un quelconque cri.
La main était gantée, lui sembla-t-il d’après le goût de cuir qui lui emplissait le palais, mêlé à l’acidité de la peur qui se déversait dans tout son être.
Doris s’agrippa à cette main, cherchant à la détacher de son visage, tout en se tortillant comme un ver pour échapper à l’emprise d’un bras qui la plaquait contre un torse puissant. Son agresseur la laissa se débattre un instant, attendant qu’elle se fatiguât un peu, avant de la soulever tout en serrant sa gorge à deux mains. Doris suffoquait maintenant. Un voile rouge et noir s’abaissait lentement derrière ses pupilles dilatées.
Alors qu’elle sentait ses poumons éclater sous la pression impérieuse de l’appel d’oxygène, elle perçut une ombre rousse qui sautait de la table basse et qui volait à son secours.
Son valeureux chat, toutes griffes dehors, se planta sur la tête de l’homme qui l’assaillait et chercha à lui arracher les yeux.
Un passe-montagne de laine épaisse couvrait le visage de l’agresseur et le protégeait des griffures de l’animal mais l’homme ne pouvait rester sans se défendre. Il lâcha Doris qui s’effondra à ses pieds comme une poupée de son mal rembourrée, puis se saisit du félin déchaîné qui s’excitait de plus en plus, accroché à son couvre-chef.
L’animal se contorsionnait tout en brassant l’air de ses griffes à la recherche du contact. L’homme le tenait maintenant à bout de bras. Il devait agir vite pour s’en débarrasser. Il entendait derrière lui le souffle rauque de sa victime qui, peu à peu, reprenait ses esprits.
L’homme parcourut la pièce du regard et accrocha la cuisine américaine dans le fond du salon. Il s’en approcha à grandes enjambées, décidé à se défaire de son encombrant colis. Il avisa les différents placards et appareils ménagers, puis se décida pour un large micro-onde.
D’un doigt, il déclencha l’ouverture automatique, et d’un geste vif, lança le félin teigneux sur le disque de verre. Sans hésiter, l’homme ferma la porte et programma la puissance maximum tout en sélectionnant le temps de fonctionnement, puis il activa le micro-onde.
Doris poussa un cri d’effroi. Alors qu’elle tentait de se relever, elle vit son chat adoré, propulsé dans le four. Elle hurla de douleur et se précipita pour le sortir de sa cage mortelle, mais l’homme avait déjà enclenché le manège infernal du plateau tournant.
Tout d’abord, le chat ressentit comme une douce chaleur naître dans les tréfonds humides de son corps, puis très vite il la sentit grandir en puissance jusqu’à devenir une brûlure insupportable qui se propagea dans toutes ses veines et ses artères.
Soudain, tous les liquides corporels du matou se mirent en ébullition et Doris assista à l’explosion par morceaux de son animal favori : d’abord les yeux verts qui éclatèrent comme des raisins trop murs ; puis l’abdomen qui s’ouvrit et laissa jaillir les organes fissurés comme des grenades saturées de soleil ; et finalement l’ensemble des chairs dont le sang ne pouvait plus rester en place, trop excité qu’il était par la stimulation frénétique des ondes électromagnétiques.
Doris se jeta sur le meurtrier de son compagnon de tous les jours et tenta de lui lacérer les yeux, elle ne put que lui arracher le passe-montagne et soudain, resta figée, interloquée, face au visage qu’elle découvrit devant elle.
Cet instant de stupéfaction lui fut fatal. L’homme la saisit par le cou, l’enserrant des deux mains, les traits tordus par l’effort. Doris se débattit frénétiquement. Elle tenta de tordre les doigts qui l’étouffaient puis elle donna des coups de genoux dans les parties sensibles de son agresseur, mais celui-ci résista à la douleur, ne laissant échapper qu’un grognement de bête blessée. Très vite ses forces l’abandonnèrent et elle perdit connaissance.
Elle glissa dans la mort en pensant qu’elle risquait fort de retrouver son chat dans l’au-delà. Le félin malicieux devait certainement l’attendre quelque part, étalé de tout son long sur un nuage douillet.
Le meurtrier, quant à lui, prit son temps. Il s’assura tout d’abord que sa victime ne respirait plus, puis il la laissa choir sur la terre cuite du salon. Ensuite, d’un geste méthodique, il renversa tous les objets dans la pièce, avant de se rendre dans la chambre et de mettre à sac la penderie et la table de chevet. Il enfouit dans ses poches les quelques bijoux et le peu d’argent liquide qu’il trouva. De retour au salon, il éteignit les lumières et, dans la pénombre qui filtrait du dehors à travers les vitres, il arracha le peignoir de celle qu’il venait d’étrangler.
Son corps nu était maintenant étendu devant lui, inerte sur le carrelage couleur de sang pas frais. L’homme sembla hésiter un instant, puis il laissa échapper un soupir avant de marteler les seins blancs de sa victime.
Il s’acharna ensuite sur le ventre, les cuisses, le pubis et remonta de nouveau vers la poitrine avant de s’en prendre au visage. Il constata alors que ses coups ne laissaient pas suffisamment de marques aussi alla-t-il chercher un couteau dans un tiroir de la cuisine et recommença à s’attaquer au corps tuméfié.
L’assassin enfonça le manche du couteau dans les orifices intimes de sa victime puis réitéra ses profanations avec la lame de l’instrument.
Soudain, il sentit la bile lui monter aux lèvres. Il arrêta ses mutilations craignant qu’il ne vînt à vomir sur le lieu du crime, ce qui aurait été particulièrement gênant. Non qu’il fût soigneux par nature, mais il rechignait à laisser son empreinte génétique étalée un peu partout avec sa salive répandue sur le carrelage.
Avant de quitter la maison, il jeta le couteau de cuisine sur le canapé, face à la télévision où un présentateur somnolent récitait les dernières nouvelles de la journée. Doris n’en faisait pas encore partie, mais cela ne saurait tarder…
En attendant, le meurtrier fit un dernier tour dans les pièces puis s’esquiva en passant par la porte d’entrée : il n’avait plus besoin d’escalader la vitre qu’il avait brisée pour pénétrer dans la maison ; cela lui évitait le risque de se blesser.

*****

Les deux fourgons de pompiers — dont l’un transportait Gérard, le passager du vol Marseille Paris, et l’autre Fred, l’accidenté de la route — se présentèrent en même temps aux abords de l’hôpital Nord. Les chauffeurs firent alors la course pour savoir qui livrerait en premier son colis. Dans leur empressement, ils oublièrent d’arrêter leur sirène, aussi ce fut dans un vacarme assourdissant qu’ils stoppèrent leur véhicule à l’entrée du service des Urgences, au mépris des nombreux panneaux de signalisation qui invitaient au plus complet silence.
Malgré tout ce bruit, aucun brancardier ne se précipita auprès de leur fourgon, aussi, après avoir grommelé comme quoi les Urgences n’étaient plus ce qu’elles étaient, les pompiers descendirent eux-mêmes leurs passagers inconscients et les amenèrent jusqu’à l’accueil du service en poussant et tirant leurs brancards aussi vite qu’ils le purent. Dans le couloir qui y menait, la partie devint une véritable course de bobsleigh, dont l’équipe de Gérard sortit vainqueur. De justesse toutefois.
« C’est à qui le tour ? demanda une jeune femme d’un air las.
- Notre client est arrivé en premier, répondit le pompier agrippé au brancard où reposait Gérard, un masque à oxygène plaqué sur le visage.
- Attendez, attendez, le nôtre est en plus mauvais état, rétorqua le pompier qui coachait les intérêts de Fred.
- Reprenons : où avez-vous dégotté votre patient ? demanda l’interne fatiguée à l’ange gardien de Gérard.
- Malaise dans un avion ! répondit-il.
- Et nous, AVP, accident de la voie publique ! lâcha triomphalement l’autre pompier.
- OK, OK, on va les prendre tous les deux. Mathias ! Zoé ! Venez ici ! Nous avons deux arrivées urgentes. Amenez-les dans la salle d’examen. »
Mathias héla à son tour un infirmier assoupi sur un banc et l’entraîna à sa suite derrière le brancard de Gérard. Zoé réquisitionna une infirmière qui discutait avec une collègue penchée sur le comptoir de l’accueil, et emmena Fred. Puis, les deux étudiants de quatrième année de médecine assistèrent aux premiers examens, effectués par des internes chevronnés.

Dans le cas de Fred, on fit le recensement de ses nombreuses fractures et l’on s’attaqua à la dure tâche de lui retirer son casque brisé et enfoncé sur tout un côté. Une fracture au niveau des cervicales empêchait de le faire glisser sans risque, aussi usa-t-on des grands moyens : une scie circulaire en vint à bout et il s’ouvrit rapidement en deux, comme un abricot au soleil du midi.
Et — ce qui n’était pas prévu par l’équipe médicale — le crâne suivit : ce dernier avait éclaté lors de l’accident à l’intérieur du casque de mauvaise qualité, au premier choc sur le bitume.
« De toute façon, il était fichu, déclara l’interne en guise d’oraison funèbre. Zoé, tu prépareras le certificat de décès pour le faire signer au patron.
- Bien sûr, répondit-elle. Doit-on faire des analyses pour connaître les circonstances de l’accident ?
- Ce n’est pas la peine… » commença l’interne, puis craignant qu’on ne lui reprochât par la suite une négligence supplémentaire, reprit :
« Finalement oui ! Fais réaliser les analyses habituelles. Quand ce sera fini, tu feras descendre le corps à la morgue. Vérifie que l’on mette bien du coton dans tous les orifices, ça va couler de partout d’ici peu !
- Je sais, ce n’est pas mon premier mort, n’aie crainte. »

L’état de Gérard était moins désespéré. Certes il était complètement paralysé mais il respirait toujours et son cœur battait de manière presque régulière au fond de sa poitrine. L’interne donna ses instructions :
« Mathias, tu places le patient en salle de réanimation et tu règles les questions administratives avec les admissions.
- Il en a pour longtemps, non ? demanda Mathias.
- Ça, on peut le dire sans risque de se tromper ! »
Mathias chercha tout d’abord une infirmière pour s’occuper de Gérard, puis ne trouvant personne de disponible, il se résolut à s’en charger lui-même, bien que ces tâches ne fussent pas de son ressort d’externe. Mathias installa alors Gérard dans la salle de réanimation et brancha les différents tuyaux et sondes qui allaient maintenir et surveiller ses fonctions vitales. Bien que cela ne fût pas non plus l’habitude, il effectua, à la place du personnel infirmier, des prélèvements sanguins qu’il envoya aussitôt au laboratoire, avant de s’atteler en soupirant, aux tâches administratives.
Alors qu’il fouillait les poches de la veste de son patient à la recherche de papiers d’identité, un téléphone se mit à vibrer. Par réflexe, Mathias s’en saisit, puis hésita un instant. Enfin, il se résigna à répondre. « Autant annoncer la mauvaise nouvelle dès maintenant », pensa-t-il, avant de murmurer :
« Allô !
- Gérard ? Je t’entends très mal. T’es où ? lança une voix avec un accent marseillais à couper au couteau.
- Excusez-moi, mais je ne suis pas Gérard, répondit Mathias en plissant le nez.
- Faites excuses, j’ai dû me tromper de numéro…
- Je crains que non !
- Je ne comprends pas… C’est bien le portable de Gérard ?
- Oui, mais Gérard ne peut pas vous répondre.
- Allez, arrêtez la plaisanterie, passez le moi !
- Je vous dis qu’il ne peut pas vous répondre.
- Et pourquoi ça ?
- Il est dans le coma.
-…
- Vous êtes toujours là.
- Oui, oui ! Que lui est-il arrivé ?
- Un malaise dans l’avion, d’après ce qu’ont dit les pompiers.
- Je vois.
- Vous voyez quoi ?
- Simple façon de parler.
- Vous êtes qui d’ailleurs ?
- Un ami de Gérard.
- Vous voulez prévenir sa famille ?
-…
- Je n’ai pas entendu votre réponse.
- Je préférerais que vous vous en chargiez.
- Oui, je comprends.
- Il est où actuellement ?
- Au service des Urgences à l’hôpital Nord.
- Prenez soin de lui… »
Et la communication fut interrompue. Mathias reposa le téléphone dans la poche du veston de son patient et retourna compléter la fiche d’admission de Monsieur Gérard Delpli, chef d’entreprise de son état, et domicilié dans le quartier chic du Roucas Blanc. Mathias feuilleta le passeport de son patient et fut surpris par le nombre impressionnant de visas qu’il comportait. L’homme était assurément un grand voyageur. Une carte de crédit glissa d’entre deux pages, sur le bureau. Mathias la ramassa et la remis à sa place après l’avoir regardée. Elle était au nom d’une société : Pizza Velocità

Pendant ce temps, Zoé rédigeait avec application le certificat de décès de Monsieur Frédéric Santucci, étudiant à l’École des beaux-arts de Marseille située sur le campus de Luminy. Une fois terminé, elle le déposa sur le bureau du chef de service afin qu’il y apposât sa signature. Elle aurait voulu se reposer quelques instants car cela faisait déjà plus de quinze heures qu’elle était de garde, mais une nouvelle arrivée perturba ses plans.
Cette fois le patient était une patiente. Et il n’y avait pas grand-chose à faire pour elle. Elle était visiblement morte. Assassinée de surcroît. Zoé fut impressionnée par l’état du corps et ne put s’empêcher de questionner les pompiers qui l’accompagnaient.
« La police nous a demandé de transporter le corps à la morgue, commença l’un d’eux.
- C’est un voisin de la p’tite dame qui l’a découverte ainsi. Il revenait du théâtre et il a remarqué que sa porte était ouverte, continua son coéquipier.
- Il a appelé la police tout de suite, mais il était trop tard. Fêtera pas la Noël, la pauvre.
- Elle est dans un sale état, mais vous auriez vu son chat !
- Le salaud qu’a fait le coup, il l’a mis dans le micro-onde. Le chat a complètement éclaté. Y’en avait partout !
- Ouais ! Pas beau à voir !
- Zoé, au lieu de bavasser avec nos amis les pompiers, tu ferais mieux de rédiger un nouveau certificat de décès pour ta nouvelle patiente. Ton précédent était parfait, lança le chef de service en s’approchant du petit groupe. Tu le remettras au médecin légiste directement, cela lui fera plaisir de voir qu’on lui a préparé le travail… »
« C’est toujours moi qui me tape les certifs. Y’a pas marqué secrétaire d’état civil sur mon front ! » grommela-t-elle en s’éloignant.
« Pardon, tu as dit quelque chose ? demanda le médecin chef.
- Non, non…
- N’oublie pas de faire pratiquer les prélèvements pour les analyses pendant que le corps est encore frais.
- Je sais ! Et je fais mettre aussi du coton dans les orifices et je l’envoie à la morgue. La routine quoi !
- Non ! Surtout pas le coton… Le médecin légiste doit d’abord faire l’autopsie du cadavre. Mais qu’avez-vous appris en cours ? »

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